En 2025, environ 247 000 personnes ont été blessées sur les routes de France métropolitaine, dont 16 800 gravement (+5,2 % par rapport à 2024), selon le bilan 2025 de la sécurité routière publié le 29 mai 2026 par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), à partir d’une estimation réalisée avec l’Université Gustave Eiffel. Derrière chacun de ces chiffres se pose une question concrète : comment obtenir l’indemnisation du dommage corporel subi dans un accident ?
Contrairement à une idée répandue, vous n’avez pas à prouver la faute du conducteur pour être indemnisé. La loi organise une procédure d’offre amiable, encadrée par des délais que l’assureur doit respecter.
Connaître ces étapes vous permet d’aborder l’expertise médicale et l’offre de l’assureur avec des repères clairs, plutôt que de les subir.

Qui a droit à une indemnisation après un accident de la route ?
Toute personne blessée dans un accident de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur a droit à une indemnisation, dont l’étendue dépend de sa qualité de conducteur ou de non-conducteur.
La loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, s’applique dès qu’un véhicule terrestre à moteur est impliqué, c’est-à-dire une voiture, une moto, un camion ou un autre engin motorisé. Un véhicule est impliqué lorsqu’il a joué un rôle dans l’accident, même si son conducteur n’a commis aucune faute.
Les piétons, cyclistes et passagers
Si vous n’étiez pas au volant, vous êtes indemnisé de vos atteintes corporelles sans que votre propre faute puisse vous être opposée. L’article 3 de la loi prévoit une seule exception : la faute inexcusable, c’est-à-dire une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité, lorsqu’elle a été la cause exclusive de l’accident.
Certaines personnes bénéficient d’une protection renforcée. Si vous aviez moins de 16 ans ou plus de 70 ans, ou un titre reconnaissant un taux d’incapacité d’au moins 80 %, vous êtes indemnisé dans tous les cas. Seule la recherche volontaire du dommage peut alors vous être opposée.
Le conducteur blessé
Si vous conduisiez, votre propre faute peut limiter, voire exclure, votre indemnisation. Le juge recherche alors si vous avez commis une faute ayant contribué à votre dommage, indépendamment du comportement de l’autre conducteur. Une garantie du conducteur, si votre contrat d’assurance en prévoit une, peut compléter cette indemnisation.
Lorsque le responsable n’est pas assuré ou n’a pas été identifié, le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO) peut prendre le relais pour un accident survenu en France. Selon Service-public.fr, il n’intervient toutefois qu’en l’absence totale ou partielle d’indemnisation par une personne ou un assureur identifié, et il n’indemnise pas le conducteur responsable de l’accident ni ses ayants droit.
Quelles démarches entreprendre auprès de l’assureur ?
Vous devez transmettre à l’assureur les informations et justificatifs qu’il vous demande, car son offre d’indemnisation sera construite à partir de ces éléments.
C’est en principe l’assureur du véhicule impliqué qui vous contacte. Lorsque plusieurs véhicules sont impliqués, l’offre vous est présentée par un seul assureur, mandaté par les autres.
Dans son premier courrier, l’assureur doit vous informer que vous pouvez être assisté d’un avocat et, lors de l’examen médical, d’un médecin de votre choix. Cette obligation figure à l’article L211-10 du Code des assurances.
Le questionnaire de l’assureur porte sur plusieurs éléments :
- Vous indiquez votre identité, votre date et votre lieu de naissance.
- Vous précisez votre activité professionnelle et l’adresse de vos employeurs.
- Vous déclarez le montant de vos revenus professionnels, avec les justificatifs utiles.
- Vous décrivez vos blessures et joignez une copie du certificat médical initial.
Conservez l’original ou une copie de chaque pièce médicale, des décomptes de la Sécurité sociale et de vos justificatifs de frais. Ces documents servent de preuve pour chaque poste de préjudice.
Comment se déroule l’expertise médicale ?
L’expertise médicale est l’examen par lequel un médecin décrit vos blessures et vos séquelles, et l’assureur s’appuie sur ses conclusions pour chiffrer son offre.
Lorsque l’assureur organise cet examen, il doit vous aviser au moins 15 jours à l’avance de sa date, de son lieu et de son objet. Il doit aussi vous indiquer l’identité et les titres du médecin (article R211-43 du Code des assurances). Le médecin vous adresse un exemplaire de son rapport dans les 20 jours suivant l’examen.
Se faire assister par un médecin-conseil
Le médecin désigné par l’assureur intervient pour le compte de celui-ci. Vous pouvez vous faire assister d’un médecin de votre choix, souvent appelé médecin-conseil de victimes, qui discute chaque point de l’évaluation. L’examen devient alors contradictoire, c’est-à-dire que chaque partie peut présenter ses observations.
En cas de désaccord persistant, vous pouvez demander au juge la désignation d’un médecin expert. Cette expertise judiciaire est conduite par un médecin indépendant des parties.
Pourquoi la date de consolidation compte
La date de consolidation retenue par le médecin fixe le calendrier de l’offre définitive. Elle marque aussi le point de départ du délai pour agir en justice.

Quels préjudices pouvez-vous faire indemniser ?
Vous pouvez faire indemniser toutes les conséquences de l’accident, poste par poste, selon le principe de la réparation intégrale : tout le préjudice, mais rien que le préjudice.
Assureurs et juridictions utilisent pour cela la nomenclature Dintilhac, c’est-à-dire une liste de postes de préjudices. Elle figure dans le rapport remis en juillet 2005 par le groupe de travail dirigé par Jean-Pierre Dintilhac, alors président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation. Ce n’est pas un texte de loi, mais une référence commune qui permet de vérifier qu’aucun poste n’a été oublié.
Les préjudices patrimoniaux
Les préjudices patrimoniaux correspondent à vos pertes économiques, avant et après la consolidation. Ils comprennent notamment :
- Les dépenses de santé restées à votre charge sont indemnisées, qu’elles soient passées ou futures.
- Les pertes de gains professionnels couvrent les revenus perdus pendant votre arrêt puis, le cas échéant, pour l’avenir.
- L’assistance par tierce personne est prise en charge lorsque vous avez besoin d’aide dans les actes de la vie quotidienne.
- L’incidence professionnelle répare par exemple une dévalorisation sur le marché du travail ou une reconversion imposée.
Les préjudices extrapatrimoniaux
Les préjudices extrapatrimoniaux, c’est-à-dire personnels, réparent les atteintes à votre corps et à votre qualité de vie :
- Le déficit fonctionnel temporaire indemnise la gêne subie dans la vie courante jusqu’à la consolidation.
- Le déficit fonctionnel permanent indemnise les séquelles définitives, exprimées en pourcentage.
- Les souffrances endurées réparent les douleurs physiques et morales, évaluées par le médecin sur une échelle de 1 à 7.
- Le préjudice esthétique répare l’altération de votre apparence, comme une cicatrice visible.
- Le préjudice d’agrément, c’est-à-dire l’impossibilité de pratiquer une activité de sport ou de loisir, est indemnisé spécifiquement.
- Le préjudice sexuel répare les atteintes à la vie intime et à la fonction de reproduction.
Les prestations déjà versées par les organismes sociaux, comme la caisse primaire d’assurance maladie, sont déduites de l’indemnité, poste par poste. Ces organismes, appelés tiers payeurs, exercent ensuite leur propre recours contre l’assureur.
Un avocat en dommages corporels peut vous aider à vérifier que chaque poste figure dans l’offre et qu’il est chiffré à partir de votre situation réelle.
Indemnisation du dommage corporel après un accident : dans quels délais l’assureur doit-il faire une offre ?
L’assureur doit vous présenter une offre au plus tard 8 mois après l’accident, ou 3 mois après votre demande si la responsabilité n’est pas contestée et votre dommage entièrement chiffré.
Ces délais sont fixés par l’article L211-9 du Code des assurances. Lorsque les deux délais coexistent, c’est le plus favorable pour vous qui s’applique.
Offre provisionnelle, puis offre définitive
Si l’assureur n’a pas été informé de votre consolidation dans les 3 mois suivant l’accident, son offre peut être provisionnelle, c’est-à-dire constituer une avance sur votre indemnisation. Il doit ensuite vous adresser une offre définitive dans les 5 mois suivant la date à laquelle il a été informé de la consolidation.
Les sanctions en cas de retard ou d’offre insuffisante
Si l’offre n’est pas faite dans les délais, l’indemnité produit des intérêts au double du taux de l’intérêt légal, jusqu’à l’offre ou au jugement définitif. Si le juge estime l’offre manifestement insuffisante, il condamne d’office l’assureur à verser au fonds de garantie jusqu’à 15 % de l’indemnité allouée.
Accepter ou refuser l’offre
Vous n’êtes jamais tenu d’accepter la première offre. Si vous l’acceptez, l’accord prend la forme d’une transaction, c’est-à-dire un contrat qui met fin au litige pour les préjudices qu’il couvre.
Vous pouvez dénoncer cette transaction dans les 15 jours de sa conclusion, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique avec avis de réception. Toute clause par laquelle vous renonceriez à ce droit est nulle.
Que faire si l’offre de l’assureur ne vous convient pas ?
Si l’offre ne vous convient pas, vous pouvez la refuser, poursuivre la négociation ou saisir le juge, qui fixera lui-même le montant de votre indemnisation.
L’accompagnement par un avocat vous permet de faire valoir l’ensemble de vos préjudices, dans le respect des délais de la procédure. Il peut aussi s’appuyer sur un avis médical contradictoire lorsque les conclusions de l’expertise prêtent à discussion.
Lorsque le conducteur responsable est poursuivi pénalement, par exemple pour blessures involontaires, vous pouvez demander réparation devant la juridiction pénale. Cette démarche passe par une constitution de partie civile, qui vous donne la qualité de partie au procès.
Le délai pour agir en justice
Vous disposez de 10 ans à compter de la consolidation pour agir en justice, en application de l’article 2226 du Code civil. La fiche officielle consacrée à l’indemnisation des victimes de dommages corporels rappelle ce délai.
Le tableau suivant récapitule les principaux délais de la procédure d’indemnisation.
| Étape | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Offre si la responsabilité n’est pas contestée et le dommage chiffré | 3 mois | Votre demande d’indemnisation |
| Offre en cas de dommage corporel | 8 mois au plus | L’accident |
| Offre définitive après une offre provisionnelle | 5 mois | L’information de l’assureur sur votre consolidation |
| Convocation à l’examen médical | 15 jours au moins | Avant la date de l’examen |
| Envoi du rapport médical | 20 jours | L’examen médical |
| Dénonciation de la transaction | 15 jours | La conclusion de la transaction |
| Action en justice | 10 ans | La consolidation |
Préserver vos droits dès les premières semaines
Votre indemnisation se construit dès les premiers échanges avec l’assureur : chaque pièce médicale conservée et chaque préjudice décrit pèseront sur l’offre. Faire le point sur votre dossier avant l’expertise médicale vous permet d’y arriver préparé, puis d’examiner l’offre définitive en connaissance de cause.
Questions fréquentes
Combien de temps avez-vous pour saisir le FGAO ?
Si le responsable de l’accident est inconnu, vous disposez de 3 ans après l’accident pour saisir le FGAO. Si le responsable est connu mais non assuré, le délai est de 1 an à compter de la transaction signée ou de la décision de justice devenue définitive. Passé ces délais, le droit à indemnisation est perdu.
Que faire si l’accident a eu lieu à l’étranger ?
Si vous résidez habituellement en France, le FGAO peut intervenir pour un accident survenu dans un pays membre du système de la carte verte, mais seulement si trois conditions sont réunies. Selon Service-public.fr, l’assureur du responsable ne doit pas vous avoir adressé de réponse motivée dans les 3 mois de votre demande, et il ne doit pas avoir désigné de représentant en France. Il doit en outre être impossible d’identifier, dans les 2 mois suivant l’accident, le lieu de l’accident et le lieu d’immatriculation du véhicule responsable.
Que faire si votre état s’aggrave après l’indemnisation ?
Vous pouvez demander l’indemnisation de l’aggravation, même après une transaction ou un jugement, car elle n’était pas couverte par l’accord initial. Un nouveau délai de 10 ans court à compter de la consolidation du dommage aggravé. Une nouvelle expertise médicale permet de mesurer cette aggravation.
Est-ce que vous pouvez refuser le médecin choisi par l’assureur ?
Oui, vous pouvez refuser d’être examiné par le médecin choisi par l’assureur. Celui-ci peut alors vous proposer un autre médecin ou demander au tribunal d’en désigner un. Vous pouvez aussi refuser de vous présenter si les informations sur l’examen ne vous ont pas été communiquées dans le délai prévu.
Est-ce que vos proches peuvent être indemnisés ?
Oui, vos proches peuvent obtenir réparation de leurs propres préjudices, appelés préjudices des victimes indirectes. Il peut s’agir d’un préjudice d’affection, de frais engagés ou de pertes de revenus, en particulier en cas de décès. Leur indemnisation suit toutefois les mêmes limitations que celle de la victime directe, par exemple en cas de faute du conducteur.
Sources
- ONISR, « 2025 Road Safety Annual Report » (bilan 2025 de la sécurité routière), consulté le 21 octobre 2026
- Service-public.fr (DILA), « Accident de la route : indemnisation par le Fonds de garantie » (fiche F2679, vérifiée le 6 février 2026), consulté le 21 octobre 2026
- Justice.fr, « Accident de la route : indemnisation des victimes de dommages corporels », consulté le 21 octobre 2026
- Sécurité routière, « Indemnisation » (recours aux assurances), consulté le 21 octobre 2026
- Légifrance, loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, article 3, consulté le 21 octobre 2026
- Légifrance, Code des assurances, articles L211-8 à L211-25 (procédures d’indemnisation), consulté le 21 octobre 2026
- Légifrance, Code des assurances, articles R211-29 à R211-44, consulté le 21 octobre 2026
- Légifrance, Code des assurances, annexe à l’article A211-11 (notice d’information de la victime), consulté le 21 octobre 2026
Cet article a une valeur d’information générale et ne remplace pas une consultation adaptée à votre situation.

